Pieter van der HEYDEN (c. 1530 - après 1572) : Le Combat des tirelires et des coffres-forts - après 1570
VENDU
Burin, 236 mm x 304 mm. Lebeer 54; New Hollstein 33 ii/iv.
Impression du 2e état (sur 4) avec l'adresse Aux quatre Vents.
Superbe épreuve imprimée sur papier vergé filigrané (P gothique). Légère trace d’insolation sur le bord des marges, due à un ancien passe-partout. Infime épidermure au verso, marges tout autour de la cuvette (feuille : 260 mm x 325 mm).
Excellent état général.
Ce 2e état était considéré jusqu’à récemment comme le 1er, mais Nadine Orenstein a signalé l’existence d’une épreuve conservée à l’Albertina de Vienne avec oec au lieu de ooc et sans tiret au-dessus de re dans vuere, qui est considérée comme le premier état.
« Le dessin préparatoire de Bruegel pour cette estampe non datée n’a pas été retrouvé. La gravure a été faite par Pieter van der Heyden et a été publiée par Volcxken Diericx. Bien que dans le passé l’estampe ait été datée entre 1558 et 1567, l’inscription Aux quatre Vents nous permet de dire que Diericx ne l’a pas publiée avant la mort de son mari Hieronymus Cock en 1570. D’après les similitudes de style avec les estampes datées de Bruegel, le dessin pourrait avoir été fait vers 1562-63. » (Katrien Lichtert, dans Marten Bassens & Joris van Grieken, Bruegel, the Complete Graphic Works, Thames & Hudson Ltd, 2019, p. 246, traduit par nous).
On a interprété diversement cette bataille acharnée de tirelires et de coffres-forts, certains assimilant les tirelires aux petits épargnants et les coffres aux financiers. On pourrait rapprocher en effet cette opposition entre les tirelires et les coffres du thème explicite de l’estampe Les gros poissons mangent les petits. Cependant, comme le remarque Manfred Sellink, ce n’est pas un combat entre des camps distincts : les tirelires, les sacoches, les tonneaux et les coffres s’affrontent ici pêle-mêle sans distinction dans une bataille généralisée pour l’argent. La scène paraît donc illustrer plutôt le désordre et les maux engendrés par la cupidité, dans un esprit analogue à celui de la série des Péchés capitaux.
Ce que suggèrent d’ailleurs les six vers latins écrits sur trois colonnes dans la marge inférieure et les six vers dessous en néerlandais :
“Quid modo diuitiae, quid fului vasta metalli / Congeries, nummis arca referta nouis, // Illecebres inter tantas, atque agmina furum, / Inditium cunctis efferus uncus erit, // Præda facit furem, feruens mala cuncta ministrat / Impetus, et spoliis apta rapina feris.”
« Pourquoi donc ces richesses, pourquoi cet amas démesuré de métal d’or, ces coffres débordant de pièces neuves ? Parmi tant d’appâts et de troupes de voleurs, le crochet cruel sera la rétribution de tous. Le butin fait le voleur, l'attaque sauvage engendre tous les maux, ainsi que le pillage utile aux butins sauvages. » (traduit par nous).
“Wel aen ghÿ Spaerpotten, Tonnen, en Kisten. / Tis al om gelt en goet, dit striden en twisten. // Al seetmen v ooc anders, willet niet ghelouen. / Daerom vueren wÿ den haec die ons noÿt en misten, // Men soeckt wel actie om ons te uerdoouen, / Maer men souwer niet krÿgen, waerder niet te roouen.”
« Eh bien, Tirelires, tonneaux et Coffres/ Ces bagarres et ces disputes, c’est pour l’argent et les biens.// Et si l’on vous dit le contraire, ne le croyez pas./ C'est pourquoi nous brandissons le crochet qui ne nous a jamais fait défaut.// On cherche à nous étourdir,/ mais on n’aurait jamais rien s’il n’y avait rien à prendre. » (traduction par Manfred Sellink)
En 2019, la Monnaie royale de Belgique a frappé une pièce commémorative de 10 euros en argent en l'honneur du 450e anniversaire du décès de Bruegel dont le verso représente un détail du Combat des tirelires et des coffres-forts.
Références : Marten Bassens & Joris van Grieken, Bruegel, the Complete Graphic Works, Thames & Hudson Ltd, 2019 ; Manfred Sellink, Bruegel, L’oeuvre complet, peintures, dessins, gravures, Ludion, 2007 ; Nadine Orenstein (ed.), Pieter Bruegel the Elder: Drawings and Prints, Metropolitan Museum of Art, 2001.

