Francisco GOYA y LUCIENTES (1746 - 1828) : Série complète 'Los Caprichos' [Les Caprices] - 1797/98

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Prix : 26 000 €

Série complète et homogène des 80 planches de la série, en 2e édition (sur 12), 1855, montées sur onglet et reliées en un volume titré sur le dos F. GOYA - CAPRICHOS.

Grand in-4 (320 x 240 mm), plein chagrin noir, dos à nerfs, tête rouge, filets sur les coupes, roulette intérieure, gardes de papier marbré, 1f. blanc, 80 planches, 1 f. blanc (reliure du 19e siècle).

Eau-forte, aquatinte, brunissoir, pointe sèche et burin. Harris 36 à 115, 2e édition (sur 12).

Les feuilles de papier vélin mesurent de 305 à 315 mm x 205 à 210 mm. Très bon état général, quelques rousseurs claires dans certaines marges. Les feuilles ont sans-doute été légèrement rognées au moment de leur reliure, mesurant probablement à l’origine environ 320 x 220 mm. Le cartonnage d'origine n'a pas été conservé et est remplacé par la reliure actuelle.

Provenance : Comte Doria, certainement Armand-François-Paul des Friches Doria (1824-1896), homme politique, mécène et collectionneur d’art français. Achat par celui-ci à Victor Prouté, fondateur de la galerie Prouté, libraire et marchand d’estampes, installé au 96 rue de Rennes entre 1883 et 1895, avant son déménagement rue de Seine. Inscription au revers du premier feuillet blanc : Goya. Caprichos, album de 80 planches, édition de Madrid, 1864, in 4° maroq. noir, non rogné, tête rouge, acheté chez Victor Prouté, estampes et livres, 96 rue de Rennes à Paris, le 5 juillet 1893 ..... 60 francs. Cte Doria.

Le tirage correspond à la deuxième édition des Caprices, telle que décrite par Tomás Harris dans son catalogue raisonné de l’œuvre gravé de Goya. D’après l’analyse des indices d’antériorité relevés par Harris, la plupart des épreuves appartiennent au premier tirage de cette seconde édition. L’indice principal est l’absence de biseaux à la planche de l’autoportrait de Goya, planche 1 de la série. Harris indique en effet que ces biseaux ont été effectués en haut et en bas de la plaque au cours du tirage de la seconde édition. 

Le second indice est évidemment la qualité de l’impression. L’autoportrait de Goya est encore très beau, les noirs du chapeau sont bien conservés et les contrastes sont préservés. La planche fameuse du Sommeil de la Raison est particulièrement belle, le titre encore parfaitement bien lisible.

Des barbes de pointe sèche sont encore bien visibles sur le corsage et la manche droite de la jeune femme sur la planche 31 et encore légèrement visibles sur la poitrine et la jambe droite de la figure centrale de la planche 33. Ces barbes de pointe sèche signalées par Harris pour les épreuves de la seconde édition s’atténuent ensuite rapidement.

Gravée en 1797-98, la série des Caprices fut publiée pour la première fois en 1799. 300 séries furent imprimées mais une soixantaine seulement furent vendues. Les 240 séries restantes et leurs matrices furent remises par Goya à la Calcografίa de la Imprenta Real en 1803 en échange d’une allocation accordée à son fils Javier. Tomás Harris date la deuxième édition de 1855 avant la troisième, qui porte la date 1868 sur la page de titre.

« La série de Goya est traditionnellement divisée en deux parties. La première, où dominent la satire sociale et la caricature, s'ouvre sur un autoportrait de l'artiste en « observateur et satiriste ». La seconde partie, où dominent l'imagerie grotesque et les scènes de sorcellerie, est précédée d'une représentation de l'artiste qui suggère la nature visionnaire de la créativité. » (Mercedes Cerón Peña in Goya's graphic imagination, p. 98)

La série des Caprices a été diversement interprétée. On y a surtout vu une peinture caustique de la condition humaine et une satire sociale. Certains thèmes sont récurrents, comme la coquetterie féminine, la vanité des hommes ou les mariages grotesques, de même que des figures, tels l’âne et les monstres ailés. Le titre parfois équivoque donné par Goya à ses planches renforce la puissance évocatrice de l’image.

Mercedes Cerón Peña écrit que « les Caprichos pourraient également être une exploration des tensions entre l'observation et l'imagination, comme le suggèrent les frontispices des deux sections et les fréquentes références aux sens dans les images. Une étude récente des œuvres dans le contexte de l'épistémologie du dix-huitième siècle souligne ce point, en notant que les ambiguïtés des Caprichos produisent une incertitude perceptive ». (Mercedes Cerón Peña in Goya's graphic imagination, p. 98)

La renommée des Caprices est due également à la diversité des techniques employées de façon virtuose par Goya : aquatinte, eau-forte, pointe sèche, burin et brunissoir, combinées diversement tout au long du recueil. « Goya fut l'un des premiers artistes espagnols à utiliser l'aquatinte, inventée en 1768 par le graveur français Jean-Baptiste Le Prince, et sa technique tout en finesse et en subtilité fut particulièrement virtuose. » (Mercedes Cerón Peña, in Goya's graphic imagination, p. 102). Goya explore cette nouvelle technique, s’en servant tantôt pour créer des dégradés de teintes au sein de l’eau-forte, tantôt l’utilisant de façon exclusive, comme dans la planche 32, où les contours du sujet sont obtenus uniquement par des changements de tons dans l’aquatinte.

Références : Tomás Harris : Goya :  Engravings and lithographs, 1964 ; Janis A. Tomlinson : Graphic evolutions : the print series of Francisco Goya, 1989 ; Goya's graphic imagination, 2021.