François-Philippe du BERCELLE (actif au début XVIIIe siècle) : Nous passons le Tems et le Tems nous passe.
VENDU
Eau-forte, 320 x 215 mm (feuille).
Très belle épreuve imprimée sur papier vergé, rognée sur ou juste à l’extérieur du trait carré sur trois côtés, sous la lettre en pied. Très bon état général ; infime déchirure sur le bord droit ; petit manque à la pointe de l’angle supérieur droit.
Très rare. Nous n’avons trouvé aucune mention de cette estampe.
Dans sa barque, qui n’est pas sans rappeler la nef des fous et la barque de Charon, le Temps, faux à la main et sablier sur la tête, mène une troupe de jeunes gens qui s’adonnent, insouciants, à leurs occupations : un couple joue aux cartes, un autre flirte, un homme boit, un autre joue de la flûte. Debout à la poupe, un homme observe les astres à l’aide d’une longue vue, un autre lit.
La lettre développe le jeu de mots du titre. La Mort s’adresse au spectateur qu’elle met en garde et l’invite à songer à son destin :
Le Tems passe tout âge. Passant, pense tu pas Passer par ce passage ? Où passant j’ay passé // Si tu n’y pense pas Passant, tu n’es pas sage, Car en n’y pensant pas Tu te verras passé.
On sait peu de choses de François-Philippe Dubercelle ou du Bercelle, artiste actif dans la première moitié du 18e siècle.
L’Inventaire du Fonds Français liste les illustrations qu’il a gravées pour des œuvres de Lesage (Le Diable boiteux en 1726, Histoire de Gil Blas de Santillane en 1735), de La Grange-Chancel ou Gillet de Moyvre, ainsi qu’une vue de Besançon. Il a également produit des œuvres satiriques qui lui ont valu d’être emprisonné, comme l’explique François Courboin : « la publication de M. Funck-Brentano, Les Lettres de Cachet à Paris, nous fournit, à partir de l'année 1721, toute une série de noms de graveurs incarcérés pour fabrication ou débit d'estampes jansénistes. On y trouve d'honnêtes gens, comme Jean-Baptiste-Nicolas de Poilly, qui fait une semaine de Bastille (2-9 mai 1741) évidemment pour le principe, mais on y rencontre aussi des gens condamnés pour un jansénisme un peu plus compliqué : François-Philippe du Bercelle, par exemple, qui fronde non seulement « la Constitution », mais « le Système » et qui se fait incarcérer pour un an après avoir représenté Mgr. le Régent, le sieur Law et la France, habillés de papier (17 octobre 1721 - 30 octobre 1722) ». François Moureau donne quelques précisions : « François-Philippe du Bercelle fut embastillé le 17 octobre 1719 « pour avoir gravé, entre autres, une planche représentant l’enterrement de la Constitution du pape, et une autre représentant M. le Régent, le s. Law, la France habillée de papier, et plusieurs autres figures ». Cette allégorie politique de l’affaire du Système lui permit de profiter de la forteresse d’État jusqu’au 3 octobre 1722 (Frantz Funck-Brentano, Les Lettres de cachet à Paris, Paris, Imprimerie nationale, 1903, n° 2578). Il avait gravé ces planches d’après le peintre Jean Hubert pour Jean-Baptiste Lamesle, l’un des libraires du Mercure : ils l’accompagnèrent lors de son séjour à la Bastille (ibid., n° 2579, 2584) (François Moureau « Marivaux : un hérésiarque en littérature ? » in Revue d'histoire littéraire de la France, Vol. 112(3), 2012, 517-531.)
