Jean-Baptiste Joseph DELAFOSSE : LEOPOLD MOZART, Pere de MARIANNE MOZART, Virtuose âgée de onze ans et de J. G. WOLFGANG MOZART, Compositeur et Maitre de Musique âgé de sept ans -
VENDU
Eau-forte et burin, gravé d’après Louis Carrogis de Carmontelle (1717 - 1806), 373 x 221 mm. IFF 52, 2e état/2. Portalis et Beraldi n°20.
Impression du 2e état (sur 2) avec la lettre.
Très belle épreuve imprimée sur papier vergé filigrané (partie de collier ?). Très bon état général. Une petite rousseur dans le bas, avec un infime trou d’épingle associé, petites salissures marginales, une légère tache claire sur le bord droit de la feuille, une infime déchirure de 5 mm sur le bord supérieur. Bonnes marges tout autour de la cuvette (feuille : 420 x 300 mm).
Rare.
Léopold Mozart vint à Paris en 1763, au cours d’un tour d’Europe entrepris avec ses jeunes enfants. La famille fut aussitôt introduite à Versailles par le baron Grimm. On imaginerait volontiers que c’est dans un des salons de la cour de Versailles ou à Saint-Cloud, ou bien encore chez la Comtesse de Tessé que Louis Carrogis de Carmontelle fit le portrait de Léopold et de ses deux enfants prodiges. Florence Gétreau note cependant que Siegbert Rampe, « auteur qui, il y a une dizaine d‘années, a consacré deux chapitres essentiels aux instruments et aux portraits de Mozart au clavier dans son indispensable publication sur la musique de Mozart pour clavier » suppose « que ce portrait familial fut exécuté chez le baron Grimm. Le clavecin, qui pour lui, en raison de la hauteur de la joue, est probablement à deux claviers, pourrait être celui du baron dont on sait qu‘il était d‘Antoine Vater, Paris, 1755, laqué noir à filets dorés, caractéristiques courantes chez les facteurs français » (Florence Gétreau, 2007, p. 3 et 9)
Les portraits de Carmontelle représentant des hommes et femmes de toutes conditions étaient déjà connus et appréciés de ses contemporains. Le baron Grimm écrivait ainsi en 1763 :
« Carmontelle a commencé depuis plusieurs années un recueil de portraits dessinés au crayon et lavés avec des couleurs en détrempes. Il a le talent d‘attraper supérieurement l’air, le maintien et la contenance des personnes qu‘il peint, ses portraits sont faits avec une facilité, une grâce et un esprit infinis. Il m‘est arrivé bien souvent de connaître des gens que je n‘avais jamais vu que dans ses livres. » (Friedrich Melchior baron de Grimm, La Correspondance littéraire, 1er janvier - 15 juin 1763).
Le portrait de la famille Mozart est l’un des plus connus de Carmontelle, avec ceux de Jean-Philippe Rameau et Benjamin Franklin. L’aquarelle de Carmontelle est conservée au Musée Condé de Chantilly (Gruyer n°418). La gravure de Jean-Baptiste Joseph Delafosse la reproduit dans le même sens. La correspondance de Léopold Mozart nous apprend que celui-ci connaissait ce portrait et qu’il a utilisé la gravure de Delafosse pour la promotion de ses enfants en Europe :
« M. de Mechel, graveur sur cuivre, travaille en hâte à graver nos portraits que M. de Carmontelle, un amateur, a très bien peints : Wolfgang joue du clavecin, je suis debout derrière sa chaise et je joue du violon, et la Nannerl s‘appuie d‘un bras sur le clavecin ; de l‘autre main elle tient de la musique, comme si elle chantait. » (Mozart, Briefe und Aufzeichnungen, Gesamtausgabe, ed. W.A.Bauer and O.E.Deutsch, Basel 1962, lettre du 1er avril 1765 citée par Florence Gétreau, p. 8). Bien que Léopold Mozart mentionne ici le nom d’un autre graveur, Christian von Mechel, Florence Gétreau observe que celui-ci travaillait dans l’atelier de Delafosse et qu’il s’agit donc bien de cette gravure.
En juillet 1765, alors qu’il est à Londres, Léopold Mozart écrit encore à un ami de Salzbourg, Lorenz Hagenauer : « Je croyais avoir demandé à mon ami M. Grimm, lorsque nous avons quitté Paris, de vous faire envoyer à Salzbourg un certain nombre de portraits gravés [...]. Vous en remettrez bien sûr un à notre bon Seigneur [l‘archevêque Schrattenbach] etc. Ces gravures ont été faites dès notre arrivée à Paris alors que mon fils avait 7 ans et ma fille 11 ans. M. Grimm en a été l‘initiateur et on les paye 24 sols à Paris, c‘est-à-dire plus de 30 kreuzers. Je crois qu‘on ne pourra guère en obtenir plus de 15 kreuzers la pièce en Allemagne. Lorsque vous les recevrez, vous voudrez bien en envoyer éventuellement 30 à monsieur Lotter, imprimeur et marchand de musique à Augsbourg [l‘éditeur de l’Ecole de Violon] et 30 à madame et monsieur Haffner, luthiste à Nuremberg, leur dire de les vendre 15 kreuzers pièce et vous faire envoyer un récépissé » (lettre du 9 juillet 1765, également citée par Florence Gétreau).
Il reste aujourd’hui très peu d’épreuves de la gravure de Delafosse, dont la vente était annoncée en janvier 1765 à Paris dans le journal L’Avant Coureur en même temps que celle des partitions des pièces pour clavecin de l’enfant Mozart (ci-contre).
Une épreuve de cette « gravure iconique et très rare » [A good impression of the iconic - and very rare - 1764 engraving by Jean-Baptiste Delafosse »] a été vendue 10,625£ chez Sotheby’s en 2009 (environ 14000 € actuels). Une autre épreuve de cette gravure, « l’une des œuvres sur papier les plus célèbres du portraitiste Carmontelle » [One of the most celebrated works on paper by the portraitist Carmontelle] a figuré dans deux expositions récentes au Metropolitan Museum of Art : "Drawings and Prints: Selections from the Permanent Collection," March 19, 2015–June 22, 2015 ; "Visitors to Versailles: From Louis XIV to the French Revolution," April 16–July 29, 2018.
Carmontelle a copié son dessin plusieurs fois. Le British Museum conserve une version datée 1777. Il en a également fait graver une copie. Plusieurs exemplaires colorés à la main de cette copie ont été vendus par Sotheby’s en 2015 (15,000£) et 2016 (12,500£ et 20,000£). Le British Museum en conserve également un exemplaire.
Les deux sonates pour clavecin avec accompagnement de violon K.6 et K.7 publiées à Paris en février 1764 ne sont évidemment pas les sonates sublimes des Koechel ultérieurs. Mais au détour d’une nième reprise mécanique du thème, l’allegro molto de la sonate n°2 laisse néanmoins entendre à la 46e mesure une courte phrase dramatique qui porte déjà la signature de Mozart. Écouter cet allegro molto de la sonate K.7 permet de restituer le contexte musical de la gravure.
Références : L'Avant-Coureur, 21 janvier 1765, gallica.bnf.fr. ; François-Anatole Gruyer : Chantilly : Les Portraits de Carmontelle, 1902 ; Mozart, Briefe und Aufzeichnungen, Gesamtausgabe, ed. W.A.Bauer and O.E.Deutsch, Basel 1962 ; Friedrich Melchior baron de Grimm, La Correspondance littéraire, 1er janvier - 15 juin 1763), texte établi et annoté par Agneta Hallgren, Uppsala, Stockholm, Almqvist och Wiksell, 1979 ; Siegbert Rampe, Mozarts Claviermusik. Klangwelt und Aufführungspraxis, Cassel, Bâle, Londres, New York, Prague, Bärenreiter, 1995 ; Florence Gétreau : Retour sur les portraits de Mozart au clavier: un état de la question, 2007.



