René BOYVIN (ou atelier de) : La Dispute de Neptune et de Minerve, d’après Rosso Fiorentino

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Burin, 121 x 241 mm au trait carré. Robert-Dumesnil 67, Levron 182, Le Blanc 17, IFF page 177.

Très belle épreuve imprimée sur papier vergé, rognée au trait carré ou juste à l’extérieur. Manques restaurés dans les angles supérieur (8 x 4 mm) et inférieur (13 x 5 mm) gauches et deux infimes manques restaurés sur le bord droit avec reprise à l’encre. Quelques petites épidermures au verso et six infimes trous d’épingle dans le haut du sujet.

Très rare.

Les dieux de l’Olympe ont organisé un concours entre Minerve et Neptune pour décider qui patronnera la capitale de l’Attique et lui donnera son nom : la victoire reviendra à qui proposera l’invention la plus utile.  Neptune frappe le sol de son trident et fait surgir un cheval et une fontaine. Minerve fait pousser l’olivier sur le sol aride de la Grèce et remporte ainsi la victoire. La ville portera son nom : Athena en grec. La cité d’Athènes et son peuple sont personnifiés au centre de l’estampe par une jeune femme portant une forteresse sur sa tête avec des enfants groupés autour d’elle.

Bien que cette planche ne soit pas signée, Robert-Dumesnil l’attribue sans réserve à Boyvin : « Très-jolie pièce gravée, à n’en pas douter, par notre artiste, quand il faisait fin et qu’il cherchait la manière d’Étienne Delaune ; mais ni son nom ni sa marque ne s’y trouvent ». Jacques Levron la classe parmi les « estampes de l’atelier » dans lesquelles il range à la fois les estampes que Boyvin a gravées sans les signer et celles qui seraient plutôt de la main d’un de ses élèves ou d’autres graveurs.

Le modèle de cette gravure est très probablement une composition de Rosso Fiorentino, qui n’a pas été conservée. Le mur ouest de la Galerie de François Ier à Fontainebleau a été repeint au dix-neuvième siècle à partir des gravures de René Boyvin et d’Antonio Fantuzzi, dont la composition est très proche (Jenkins AF 32). L’emplacement exact de la peinture de Rosso Fiorentino fait débat. Henri Zerner écrit qu’« il n’y a pas de raison positive de penser qu’elle se trouvait à cet emplacement à l’origine : Mariette affirme qu’elle n’était pas dans la galerie. Du reste si la disposition du mur ouest était semblable à celle du mur est (connue par un dessin de F. d’Orbay), ce qui est extrêmement probable, le tableau ne pouvait se trouver où on l’a mis. » (L’École de Fontainebleau, p. 265). Boris Losski conteste cette disposition : « Quant à [Auguste] Couder, la commission [chargée d’examiner en 1849 les restaurations effectuées depuis 1845] lui reproche d’être allé dans ses efforts de reconstitution « au-delà de ce qui semblait rigoureusement nécessaire », notamment pour les images de l’Incendie et de la Dispute de Minerve et de Neptune. Cette dernière a été peinte, avec l’aide des gravures de Boyvin et de Fantuzzi, sur les traces de la fresque retrouvée par Couder sous la peinture allégorique de Poërson qui les recouvrait depuis la fin du XVIIe siècle. Le fait de l’existence de ces traces vient contredire l’opinion, actuellement courante, d’après laquelle la fresque de la Dispute ne pouvait exister à cet emplacement. »  (Colloque L’Art de Fontainebleau, p. 29). L’emplacement exact de l’œuvre et la technique utilisée par Rosso, peinture ou bas-relief en stuc, demeurent donc incertains.

Les gravures de René Boyvin et d’Antonio Fantuzzi ont un style très différent. Celui de l’eau-forte de Fantuzzi, gravée vers 1540-1545, est libre et plein d’énergie, mais brouille cependant par endroits la lisibilité de la scène. Le burin de René Boyvin se veut plus rigoureux et rationnel. Le format adopté est plus petit mais plus allongé ; deux architectures encadrant la scène à droite et à gauche, équilibrent le sujet. Boyvin choisit également de laisser en blanc le fond de la partie supérieure afin de créer deux espaces bien distincts : sur la terre les mortels, dans les cieux les dieux immortels.

Références : Alexandre-Pierre-François Robert-Dumesnil : Le peintre-graveur français, vol. 8, 1850 ; Jacques Levron : René Boyvin, graveur angevin du XVIe siècle : avec le catalogue de son œuvre et la reproduction de 114 estampes, 1941 ; L’École de Fontainebleau, catalogue d’exposition, 1972 ; Chastel, André (éd.) : Actes du Colloque international sur l’art de Fontainebleau, 1972, 1975.